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Fonction FIR et contractualisation des psychologues de la fonction publique hospitalière

dimanche 24 mars 2013

La passivité actuelle des tutelles, au nom du respect d’un droit privé du travail dans les institutions publiques, sert la mise en cause des dispositions statutaires des psychologues souvent mal comprises et mal supportées pour l’autonomie de travail qu’elles leur accordent. Elles sont pourtant un élément fondamental de leurs pratiques. Rappelons-en ici les enjeux.

La fonction FIR est une séquence de travail qui permet aux psychologues d’assumer leur démarche professionnelle propre. Elle est un élément indissociable des activités cliniques et institutionnelles, préventives et curatives, qu’ils ont à accomplir dans les établissements. Réduire l’organisation de la pratique des psychologues à une question de contrats publics ou privés, c’est pour le moins négliger ce pourquoi les statuts ont été forgés : rendre possible et servir les missions qu’ils encadrent et qui, en l’occurrence, sont les mêmes pour tous les psychologues de la fonction publique hospitalière.

Cette fonction FIR a été conçue :

Pour permettre aux psychologues d’aller à la rencontre de chaque patient, d’être à l’écoute de ses symptômes sans reculer devant la complexité de la vie psychique et du rapport à l’autre.

Pour garantir aux psychologues la possibilité, par des dispositifs appropriés, de prendre le recul indispensable au discernement de leur implication personnelle dans leur compréhension d’autrui.

Pour affiner leurs outils conceptuels nécessaires à l’élaboration de la clinique.

Pour mener des actions d’enseignement et de recherche.

Pour l’encadrement des stagiaires, nécessaire à la transmission des savoirs et de l’expérience des aînés.

Prévoir une fonction FIR sur le temps de travail des psychologues a été une façon d’en reconnaître la nécessité et de la soutenir en l’instaurant comme obligatoire. Elle est la contribution des établissements à la formation personnelle des psychologues, à la nécessité de maintenir ouvert un questionnement personnel sur leur pratique et à l’exigence d’élaboration clinique permanente qui leur incombe. C’est pourquoi cette fonction essentielle doit rester attachée au praticien, sans distinction du statut juridique dont il pourrait relever. Notons au passage le fait que cette contribution laisse à la charge des psychologues les coûts élevés de ces formations. Ces coûts représentent souvent un frein à tout ce que les psychologues souhaitent intégrer à cette séquence.

Décourager les psychologues d’accomplir ce travail sera lourd de conséquences pour leurs pratiques mais aussi pour les patients, et finalement pour les établissements eux-mêmes. Cette question concerne, au-delà des psychologues, l’orientation des politiques de soin des établissements. Si les psychologues n’ont plus les moyens de faire du bon travail, la qualité des soins proposée par les établissements qui s’engageront dans cette voie en souffrira d’autant. Les pratiques relationnelles des psychologues, qui abordent la personne humaine dans sa globalité et misent sur sa responsabilité, s’appuient de façon décisive sur la fonction FIR ; ces pratiques sont probablement les meilleures garanties possibles contre le nomadisme médical, contre l’arrêt prématuré des traitements et les allers-retours avec les services de soins, contre les passages à l’acte de tous ordres. Méconnaître cela aura un prix, pas encore chiffrable, mais c’est d’ores et déjà prévisible.

Par ailleurs, Les contrats de travail de type CDD et CDI, initialement peu nombreux et transitoires pour beaucoup d’entre eux, vont croissant au point qu’ils concernent aujourd’hui la majorité des psychologues dans de nombreux établissements. Séparer les conditions de travail des titulaires et celles des contractuels revient dans ce contexte à diviser la profession et à mettre globalement en cause les dispositions qui soutiennent leur formation. Les titulaires se retrouveront progressivement dans une position d’exception là où la fonction FIR, pour les raisons évoquées plus haut, a été mise en place pour être la règle de l’ensemble des psychologues de la fonction publique hospitalière. Il y a donc dans cette évolution un effet pervers qui va à l’encontre de l’esprit des textes existants et du partage par tous des mêmes missions de service public.

Laisser aux directions locales d’hôpitaux la possibilité de recruter des psychologues sans la fonction FIR, est une façon de remettre en cause leurs statuts. Les directions administratives n’ont pas la compétence pour apprécier les conséquences de la suppression de cette fonction sur les pratiques cliniques et le soin. Elles sont par contre soumises à des pressions financières toujours plus importantes face auxquelles les protestations des professionnels risquent de ne pas peser bien lourd. En outre, la tension actuelle du marché du travail des psychologues rend difficile aux jeunes collègues qui craignent le chômage de refuser les propositions de contrats les plus extravagantes, au risque de se retrouver dans une position de fragilité. La liberté invoquée du contrat privé est donc ici la liberté d’une dégradation des formations et pratiques des psychologues. Il est pourtant probable que des économies réalisées de cette façon ne seront pas durables et qu’elles génèreront d’autres dépenses dans le futur.


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Directeur de publication : Nathalie Zottner